Mais au fait, c’est quoi exactement le yoga ?
Aujourd’hui en France, tout le monde connaît le yoga, tout du moins de nom. Chacun a sa petite idée dessus. Certains pensent méditation, d’autres postures ou encore
relaxation, voire pour certains, secte. Ceux-là ne le pratiquent pas.
Et il y a les autres. Ceux qui font du yoga parce qu’aujourd’hui c’est « tendance » et que la tendance d’être tendance donne bonne conscience aux âmes
esseulées… Ils contribuent d’une certaine manière au « développement durable », si l’on considère que la recherche spirituelle est un développement personnel qui celui-ci est censé
durer toute la vie, et celle de nos descendants : donc faisons du développement durable.
Et puis nous avons les « babas cool dans l’âme » (à ne pas confondre avec les babas cool d’aujourd’hui, alias les bobos ou encore celles qui se vêtent des
tenues « décontract » vues dans les magazines…comme les « stars »). Ceux-là pratiquent le yoga depuis 20 ans (plus ou moins) et ont conscience de ce qu’implique le yoga dans
leur vie. Ils prennent tout du yoga.
C’est exactement comme quand vous vous engagez dans le mariage, vous prenez tout : le bon et le moins bon !
Le yoga ça ne se consomme pas, ce n’est ni que des postures physiques,
ni de la méditation « dormante », ni de la gymnastique douce.
C’est quoi alors ?
A la fois traditionnel et moderne, le yoga est un art, une science, une discipline, une philosophie qui permet d’atteindre des états comme la sérénité, l’équilibre,
la stabilité, la paix intérieure, le courage, la vitalité.
Cet art a traversé le temps et les frontières de l’Inde pour se pratiquer aujourd’hui à travers le monde par des hommes, des femmes, des enfants de toutes les
cultures.
Cela n’a pas toujours été ainsi. En effet, le yoga était pratiqué en Inde uniquement par les Brahmanes (hommes de la caste la plus élevée). Réservé à une élite, les
hindous à la philosophie fondée sur la recherche d’une réponse au mystère de la l’univers et de résoudre les problèmes de l’existence humaine, le yoga se pratiquait avec foi.
Remarquez, nos problèmes d’existence sont toujours d’actualité et de plus en plus, vu la vie de chien que l’on se fait! C’est notre karma peut-être ?
Vous savez, karma, cette expression mise à toutes les sauces quand on s’est résolu à être « fataliste ». « - C’est ton destin ! ah oui, c’est
mon karma ».
En réalité, plus sérieusement, ce terme est utilisé dans des contextes variés pour signifier action, exploit, destinée, causalité, produit, résultat. (La traduction
du sanskrit étant action). Pour les hindouistes, il n’y a pas de combinaison d’évènements due au hasard, pas de circonstance fortuite puisque la causalité sous-tend tout. C’est-à-dire que chaque
action, vertueuse ou non, laisse son empreinte cachée sur l’âme. Ceci reste inscrit tout au long de cette vie et oriente l’identité de la vie future.
En fait, la somme totale des pensées d’un homme, ses sentiments, ses désirs et ses actions, constituent ainsi son karma, dont les conséquences ne sont que
partiellement expurgées dans cette vie, et forgent de façon continue les liens qui constituent la chaîne de son existence. En même temps le karma
détermine « l’état de son âme », c’est-à-dire la nature et les circonstances de la vie après la mort et les conditions de la prochaine incarnation. A cause du karma nous sommes liés pour l’éternité à la roue de samsara c’est-à-dire naissance-mort-renaissance.
Voilà ce qu’est exactement le karma. En d’autres termes, c’est la loi cosmique de débit et de crédit pour le bien et le mal ! Encourageant n’est-ce
pas ?
Que peut-on faire pour se libérer de notre karma ? Du YOGA.
Dans l’hindouisme, qui n’est pas une religion, la pratique régulière du yoga, stabilise le mental, le corps, l’âme et permet de stopper cette roue et de ne pas se
réincarner.
La recherche de l’alignement, l’étirement, l’ouverture optimum dans les postures avec la conscience de son corps et le développement
de ses perceptions amène la libération de la loi du karma.
Par l’effort physique et le relâchement mental, les tensions disparaissent, laissant place à une profonde détente, une plus grande souplesse, un plus fort dynamisme
et aussi une harmonie physiologique. On se détache de nos afflictions, de nos vieux démons.
Aujourd’hui, que ce soit en Inde ou en occident, le yoga a gardé ou trouvé sa place dans notre quotidien et chacun vient y chercher quelque chose de spirituel, plus
ou moins. C’est vrai que la spiritualité en France fait peur, nous qui sommes si rationnels.
Il est vrai que si l’on s’amusait à comparer les philosophies hindoues et grecques (à l’époque d’Aristote), on y trouverait des anecdotes qui ne manquent pas de
piquant. D’ailleurs, je brûle d’envie de vous raconter comment des sages hindous pour impressionner les philosophes grecs, sous leurs yeux s’immolaient volontairement sur un bûcher. Mais ces
exploits ne suscitaient pas l’admiration des Athéniens, à l’esprit rationnel, mais plutôt la stupéfaction. Ils s’étonnaient de voir des sages avoir aussi peu de considération pour leur condition
de mortel et d’employer des moyens aussi barbares pour mettre fin à leurs jours.
Mais ce temps est révolu.
(En Inde, la pensée n’est pas linéaire, comme notre logique. Elle revient plusieurs fois sur un même thème pour l’élargir, l’approfondir. Elle s’exprime en spirale,
comme l’énergie).
Au contraire, depuis quelques décennies, l’Inde suscite la curiosité chez nous. Donc nous pratiquons le yoga, chacun à notre niveau.
Il y a des étapes dans le yoga. B.K.S. Iyengar, maître indien de yoga, parle du yoga comme un arbre. Ses étapes, comme les éléments de l’arbre, forment un tout
indissociable même si chacun à son identité propre.
- les racines (yama = commandements moraux universels)
- le tronc (niyama = purification de soi par la discipline)
- les branches (asanas = postures)
- les feuilles (pranayama = contrôle rythmique de la respiration)
- l’écorce (prathyahara = contrôle des sens)
- la sève (dharana = concentration)
- les fleurs (dhyana = contemplation)
- les fruits (samadhi = état suprême)
La dernière étape est recherchée par tous. On la trouve par une pratique régulière, constante, par la méditation profonde mais surtout, en passant par les étapes
précédentes.
Alors quand j’entends des personnes qui disent faire de la méditation et qu’il ne savent pas se tenir assis droit sur une chaise ou au sol, et qui n’ont pas de
racines, c’est-à-dire d’ « éthique », je ris dans mes moustaches.
Avez-vous déjà fait un cours de yoga dans un club de fitness ? on rit ou on pleure, comme on veut…
Sentir monter la sève en vous quand vous avez derrière la vitre du bocal dans lequel vous êtes, des spécimens sur des vélos sans roues en train de lire le journal
sur de la musique de fond hurlante, des télés grandes comme un écran ciné vous imposant des débilités !!
Vous sentez surtout que vous n’avez plus envie de revenir et que le yoga dans ces conditions, a perdu de sa substance. Il ne reste que le yoga
marketing !
Même si le maître dit « par le yoga, je rends sacré la place où je travaille (pratique) »
Alors si vous voulez découvrir le yoga, je conseille d’aller dans un vrai centre de yoga et cela ne manque pas aujourd’hui.
« Se détacher de tous ces pouvoirs mène à la suprême Liberté, quand toute semence d’erreur a été réduite. » (Yoga-Sutra III.51)
Estelle Dauzou
professeur de yoga certifié Iyengar à Yogaworld (Rouen)
yogaworld@live.fr